« La vie est l'apprentissage du renoncement progressif, de la réduction continuelle de nos prétentions, de nos espérances, de nos possessions, de nos forces, de notre liberté. Le cercle se rétrécit de plus en plus ; on voulait tout apprendre, tout voir, tout atteindre, tout conquérir, et dans toutes les directions on arrive à sa limite : Non Plus ultra. Fortune, gloire, puissance, santé, bonheur, longue vie, joie [...] les biens qu'ont possédés d'autres hommes, semblent d'abord promis et accessibles, et puis il faut souffler sur ce rêve, diminuer successivement son personnage, se faire petit, humble, se sentir borné, faible, dépendant, ignorant, chétif, pauvre, dépouillé ; et s'en remettre à Dieu de tout, car on n'avait droit à rien, et l'on est mauvais. C'est dans ce néant qu'on retrouve quelque vie, parce que l'étincelle divine est là tout au fond. On se résigne. Et dans l'amour croyant, on reconquiert la vraie grandeur. »
« Pour les choses capitales de la vie nous sommes toujours seuls, et notre véritable histoire n'est à peu prés jamais déchiffrée par les autres. La meilleur partie de ce drame est un monologue ou plutôt un débat intime entre Dieu, notre concience et nous. [...] Le plus précieux de nous-mêmes ne se montre jamais, ne trouve pas une issue même quand nous en voulons parler, même quand nous l'écrivons. Le plus précieux de nous-mêmes ne se montre jamais, ne trouve pas une issue même dans l'intimité, n'arrive certainement qu'en partie à notre conscience, n'entre guère en action que dans la prière et n'est peut-être recueilli que de Dieu, car notre passé nous devient perpétuellement étranger.[...] Dieu veut etre vaincu en quelque sorte, parce qu'il veut
la dignité de sa créature, son courage et son perfectionnement.»